Chapitre 2 – Défenseur Partie 3
Plusieurs jours passèrent, mais Rintam l’ambitieux ne semblait pas décidé à repartir en quête d’un stratège. Cela inquiéta Gron le gobelin, il espérait que l’ambitieux n’était pas contrarié par ses deux derniers échecs. Que les deux voyages infructueux n’avaient pas trop énervé Rintam. Pour être sûr de n’avoir rien à voir avec le dépit apparent de l’ambitieux, Gron le bêta passa en revue les gaffes qu’il avait commises ces derniers jours. Il était plutôt satisfait de lui, parce qu’il n’avait commis que dix bévues en trois jours. Cependant cela pouvait avoir suffi à mettre de mauvaise humeur Rintam le radin. En effet l’ambitieux s’il pouvait faire preuve d’une grande patience avec Gron, était aussi capable de piquer de grosses colères pour des choses anodines. Le bêta n’y tenant plus toqua à la porte de la chambre de l’avare.
Rintam s’était attribué une chambre très spacieuse, elle était cent fois plus grande que celle de Gron et, avait une taille supérieure au dortoir où vivaient les cinq cents orques. Il y régnait un certain désordre, mais l’ambitieux grâce à la force de l’habitude trouvait assez rapidement ce qu’il voulait. Gron avait beau insisté pour que tout soit bien rangé dans la chambre du radin, celui-ci persistait à classer à la va-vite ses documents de travail, ses cartes, et les autres livres qu’il utilisait dans cette pièce.
Par contre Rintam avait fait une concession au gobelin en ce qui concernait la poussière, ainsi le ménage était fait une fois par semaine dans la chambre. Comme l’ambitieux ne répondait pas aux sollicitations de Gron, cela inquiéta le gobelin qui poussa l’audace jusqu’à entrer sans avoir été invité. Il trouva Rintam en train de faire de nombreuses grimaces, notamment des froncements de sourcils devant un imposant miroir, comportant en haut des sculptures d’aigles et en bas des représentations de loups.
Gron : Maître il est peut-être temps de partir en quête de Cérumane.
Rintam : Gron tu es un imbécile qui m’a déconcentré durant un moment important. J’étais en train de travailler mon regard charismatique.
Gron : Vous n’avez pas besoin d’entraînement pour pousser les gens à vous vénérer.
Rintam : Tu as peut-être raison.
Gron : D’ailleurs je pense à une chose, quand vous deviendrez le dieu des dieux, est-ce qu’il serait possible que j’ai un temple en mon honneur ?
Rintam : C’est bien d’avoir de l’ambition, mais je doute qu’un culte en ton honneur ce soit crédible, sauf peut-être en tant que célébrité qui a reçu plein de baffes.
Gron (joyeux) : Donc toutes les gifles que vous m’avez distribuées, c’était pour me créer une légende, c’est vraiment gentil de votre part.
Rintam (affligé) : Rah tu m’énerves.
Gron : Mais je sens que j’ai encore beaucoup de chemin à parcourir, vous pouvez me donner quelques baffes s’il vous plaît.
Rintam (énervé) : Continue à me les briser, et ce sont des coups de poing que tu récolteras.
Gron (sincère) : Oh non maître, je préfère des baffes.
Finalement Rintam se retint de maltraiter son serviteur au prix d’un grand effort de volonté.
Rintam : Bon partons pour la terre du Mildiou.
Rintam et Gron revinrent dans la même plaine que durant leurs précédents voyages de monde en monde. Ce qui poussa le gobelin à imaginer un moyen d’augmenter les chances de réussite du rituel magique. Il ne trouva rien de probant de ce côté, mais il mit au point une combine pour pouvoir porter dans l’obscurité des charges plus lourdes. En mettant des bougies allumées dans les oreilles, il pourrait avoir les deux bras de libres pour manipuler des objets lourds tout en progressant dans le noir.
Gron : Je crois que nous sommes arrivés sur un monde autre, que celui que nous cherchions.
Baoman : Tiens, tiens Rintam et son laquais, vous tombez bien, je vais vous faire regretter d’être né.
Rintam : Tu as encore changé de costume, tu crois que le blanc c’est plus fort que le rouge ?
Baoman : Pas du tout un costume blanc confère moins de forces que des vêtements rouges, toutefois comme j’ai une armure je suis quand même plus fort qu’avant.
Rintam : Ton armure est magique ?
Baoman : Non mais d’après la loi des héros, un guerrier du bien en armure triomphe toujours des méchants.
Rintam : Qui t’a enseigné cette loi débile ?
Baoman : Je ne sais plus, je t’accorde une minute pour faire tes prières.
Rintam : C’est trop gentil, tu as résisté au feu et à l’électricité, voyons si tu survis à la congélation. Que mon ennemi soit emprisonné dans un cercueil de glace.
Le corps de Baoman se retrouva complètement recouvert par de la glace. Son casque empêchait de voir son visage mais il adopta une expression d’horreur à cause du fait d’être emprisonné dans un véritable bloc de plusieurs tonnes.
Gron : Maître il faut vous rendre à l’évidence, vos bougies magiques sont nulles, il faudrait les remplacer par des articles de bonne qualité.
Rintam : Mais non, je traverse juste une mauvaise passe. Quittons ce monde sans intérêt.
Gron et son maître Rintam retournèrent dans leur monde d’origine, et firent plusieurs essais pour essayer d’atteindre la Terre du Mildiou, mais les tentatives furent toutes infructueuses. Gron le bêta commençait à être sérieusement inquiet, malgré ses recommandations Rintam le radin s’acharnait à vouloir utiliser des bougies magiques défectueuses.
Le bêta craignait que lui et son maître ne finissent pas subir un sort problématique voire funeste, si Rintam persistait à recourir à des outils surnaturels de très mauvaise qualité. Pour l’instant le bêta et le radin étaient entiers, mais la chance ne durait qu’un temps. En outre des voyages magiques répétitifs et peu espacés entre les mondes, constituaient un acte peu prudent, car cette manière de faire pouvait attirer l’attention de démons puissants.
Or les bougies surnaturelles de Rintam avaient plusieurs effets néfastes. Par exemple elles affaiblissaient le pouvoir de protection de la bulle de voyage dimensionnel, et rendaient plus vulnérables aux illusions et aux sorts des démons. Autrement dit elles s’avéraient un très bon moyen de mourir pour les candidats au suicide, qui désiraient subir des souffrances atroces.
Gron par fidélité voulait suivre son maître, mais son instinct lui soufflait que si l’ambitieux continuait à jouer les audacieux, tous deux paieraient le prix fort. L’avare commençait à se douter que quelque chose clochait, il ne réussissait pas toujours correctement ses sorts, mais là il était confronté à un nombre anormal d’échecs. Surtout compte tenu que les circonstances étaient très favorables, pour un sorcier spécialiste des arts sombres tel que Rintam. Il agissait une nuit de lune noire, un des moments les plus propices qui soit, pour la réussite des sortilèges de magie noire.
Gron : Maître il n’est pas très prudent de tenter plus de six fois par jour, un voyage dimensionnel.
Rintam : Seulement si on n’est pas un expert en voyage dimensionnel.
Gron : La malchance semble de votre côté en ce moment, donc pour éviter les mésaventures je pense qu’il convient d’être prudent.
Rintam : Tu n’es pas prudent Gron mais lâche !
Gron : Vous devez quand même admettre que pour l’instant, votre quête pour approcher Cérumane le mage est constituée d’échecs.
Rintam : Cette fois je sens que c’est la bonne, que je vais être couronné de succès. Que les portes entre les mondes s’ouvrent.
Rintam et Gron furent transférés dans un autre monde, et vinrent non pas sur la plaine habituelle mais sur une colline à côté d’une vaste forêt de chênes. Tandis que Baoman avec un nouveau casque ne protégeant pas sa bouche, et une nouvelle dose de stupidité les observait par derrière.
Gron : J’ai le pressentiment que Baoman va bientôt surgir.
Rintam : Aucune chance, cette fois je suis sûr d’être venu dans le bon monde.
Baoman : Rintam tu es cuit cette fois, j’ai acquis des artefacts magiques qui vont faire venir à moi, des monstres redoutables. Prépares-toi à mourir à cause de mes appeaux surnaturels.
Rintam eut l’envie de s’occuper de Baoman avec un sort offensif avant que son adversaire ne se mette à appeler du renfort. Mais il était assez curieux de voir les créatures invoquées par son ennemi. Et puis même si ce dernier faisait venir quelque chose de dangereux, l’ambitieux avait suffisamment confiance en lui pour espérer triompher. Certes lors de son dernier entraînement de contrôle des esprits par la magie il invoqua des caleçons avec des motifs de cœur. D’accord pendant plusieurs séances de magie offensive, il projeta des caleçons au lieu de boules de feu. Entendu lors de travaux d’alchimie au lieu de causer l’apparition d’une pierre philosophale transformant le plomb en or, il matérialisa un caleçon mais il se sentait particulièrement en forme aujourd’hui.
Heureusement Gron était là en cas de coup dur, il était prêt à dégainer son arme pour secourir son maître. Il démontrait souvent un caractère pitoyable quand il était seul, mais il s’avérait quand même un fidèle allié de l’ambitieux. Il comptait bien prouver son utilité. Mais au lieu d’exhiber une dague il brandit une feuille de chêne. Il se rendit compte un peu tard, qu’il n’avait emporté qu’une feuille et aucune arme. Mais il continuait à rester ridicule en agitant sa feuille, car après tout son adversaire avec de la chance serait peut-être allergique aux morceaux de chêne.
Rintam décida finalement par précaution de s’occuper de son ennemi car il craignait un mauvais coup, l’air très confiant de Baoman s’annonçait de mauvaise augure. Le radin rassembla donc ses forces mystiques et s’apprêta à ensevelir son ennemi sous terre, mais il y eut un raté, pas d’invocation de caleçon cette fois mais une matérialisation de bonnet. Toutefois l’ambitieux avait la chance d’avoir un vêtement de couleur rose avec des cœurs rouges assortis à ses différents caleçons.
Baoman faillit rire devant cet échec, mais il maintint sa concentration, et dirigea sa bouche vers un appeau qui signifierait bientôt d’après lui de prodigieux ennuis pour ses ennemis, mais tout ce qu’il se limita à produire fut le son coin coin.
Rintam restait vigilant, peut-être que dans le monde où il se trouvait il existait des créatures redoutables qui poussaient le cri coin, coin. Il pouvait y avoir des surprises désagréables dans certains endroits. Aussi l’ambitieux se préparait à affronter du lourd. Mais il changea vite d’avis quand il remarqua que seuls des volatiles inoffensifs venaient près de Baoman.
Rintam : En quoi des canards sont dangereux ?
Baoman : J’ai d’autres appeaux, ne te réjouis pas trop vite.
Gron : Je pense qu’il faut quand même négocier.
Rintam : Quoi Gron tu as peur de volatiles inoffensifs maintenant ?
Gron : Non, mais un appeau qui fait coin c’est génial. Avec son cri qui porte loin, vous pourrez m’envoyer au coin en guise de punition sans avoir besoin de vous déplacer pour être compris quand vous m’apprenez des choses dans la salle de classe du donjon.
Rintam : Hein ?
Gron : Je pense que l’appeau de Baoman qui fait coin est une trouvaille géniale qui mérite que l’on l’épargne. Grâce à lui vous pourrez économiser votre énergie, moins marcher quand vous désirerez m’envoyer au coin.
Rintam : Tu m’énerves Gron !
Gron : Dois-je aller au coin ?
Rintam finit par perdre patience devant les absurdités de Gron.
Rintam : Que mon ennemi soit enterré vivant sous des mètres de terre.
Baoman se retrouva enseveli à plusieurs mètres de profondeur.
Rintam : Tu sais Gron je crois que tu as raison pour les bougies, elles me semblent inadaptées pour mon rituel de voyage dimensionnel. Je vais de nouveau me fournir auprès d’Elilim, le mage de la ville de Xapar.
Plus tard Gron partit se coucher dans sa chambre, mais il eut soudain une envie immédiate. Il eut l’idée d’essayer une nouvelle combinaison de pièces mécaniques sur ce qu’il appelait son chef d’œuvre. Mine de rien plus le temps passait plus il commençait à avoir des capacités réelles en terme d’ingénieurie.
